La suspension pneumatique EAS reste le point de fragilité le plus documenté du P38 : les boudins en caoutchouc se craquèlent avec l’âge et laissent l’air s’échapper, ce qui oblige le compresseur à tourner en continu jusqu’à griller, et la réparation complète peut atteindre 3 000 à 4 000 euros chez un concessionnaire. Avant d’acheter, écoutez si le compresseur se déclenche fréquemment moteur éteint, signe d’une fuite déjà installée. Les autres points de vigilance concernent le boîtier électronique BECM, sujet à des pannes récurrentes, et la surchauffe des moteurs V8. Une conversion à ressorts existe pour éviter ces frais, mais elle doit impérativement utiliser un kit homologué du marché, sous peine de recalage au contrôle technique.
Infos à retenir
- 💨 La suspension pneumatique EAS capricieuse : les boudins poreux et le compresseur fatigué font s’affaisser le 4×4 sur ses butées.
- 🔌 Le boîtier électronique central BECM fragile : véritable cerveau de la voiture, il gère l’antidémarrage et s’endommage en cas d’infiltration d’eau.
- ⛽ Le V8 Rover 4.0 et 4.6 au son inimitable : noble et mélodieux, mais menacé de fissure de chemise de cylindre en cas de surchauffe.
- 🇩🇪 Le 2.5 DSE 6 cylindres diesel BMW : très endurant sur le bloc moteur, mais cruellement sous-dimensionné pour le poids de la caisse.
Histoire et positionnement : pourquoi le P38 est-il devenu un youngtimer atypique ?
Succéder à une légende automobile vivante restée au catalogue pendant vingt-cinq ans était une mission presque impossible pour les ingénieurs de Solihull :
Lancé sous le nom de code P38A (en référence au bâtiment numéro 38 de l’usine historique où il a été développé sous la direction du groupe Rover racheté par BMW), ce nouveau modèle devait moderniser l’offre sans perdre l’ADN de la marque. Il a introduit un niveau de technologie inédit pour l’époque : gestion électronique globale par bus de données, climatisation automatique bizone sophistiquée, freins ABS tout-terrain et surtout une suspension pneumatique adaptative à cinq positions d’assiette. Sur route, le P38 offrait un silence de roulement et un confort de tapis volant exceptionnels, tout en conservant des aptitudes remarquables dans la boue et le franchissement. Mais cette débauche d’électronique précoce, couplée à un contrôle qualité parfois aléatoire, a rapidement terni son image auprès du grand public.

V8 essence ou 2.5 DSE diesel : le comparatif des motorisations
Le comportement et les coûts d’entretien du Range Rover P38 changent radicalement selon le moteur logé sous son capot en aluminium.
Le tableau ci-dessous confronte les trois mécaniques disponibles sur le marché de l’occasion, leurs caractéristiques et leurs faiblesses techniques :
| Moteur et carburant | Performances et agrément de conduite | Faiblesses mécaniques connues |
|---|---|---|
| 2.5 DT / DSE (6 cylindres en ligne BMW M51) | 136 ch / 270 Nm. Très poussif pour 2,2 tonnes, bruyant dans les tours mais sobre (10 l/100 km). | Pompe d’injection fuyarde à chaud, culasse sensible à la surchauffe si le radiateur est encrassé. |
| V8 4.0 litres (Bloc Rover d’origine) | 190 ch / 320 Nm. Sonorité ronde, souplesse agréable, couple suffisant pour la balade. | Consommation importante (16 l/100 km), joints de culasse fragiles après 150 000 km. |
| V8 4.6 litres HSE (Haut de gamme) | 218 à 225 ch / 380 Nm. Le plus performant et le plus prestigieux de la gamme. | Risque de fissure de bloc ou de descente de chemise en cas de chauffe ; consommation de 18 à 22 l/100 km. |
Pour un passionné en quête d’authenticité, le V8 4.6 HSE reste le modèle le plus attachant pour son velouté mécanique, tandis que le 2.5 DSE en boîte manuelle ou automatique conviendra mieux à ceux qui veulent rouler régulièrement sans se ruiner à la pompe à essence.
L’avis d’un restaurateur spécialiste de la marque
« Le P38 est une voiture extraordinaire que les gens ont achetée pour une bouchée de pain sans avoir les moyens de l’entretenir. Dès qu’un boudin fuit, ils laissent tourner le compresseur jusqu’à ce qu’il crame, et la voiture finit par terre en mode dégradé à 55 km/h. Si vous changez les quatre boudins en préventif tous les sept ans et surveillez votre circuit de refroidissement, c’est un salon roulant increvable. »
La suspension pneumatique EAS : fonctionnement, pannes et solutions de conversion
La suspension pilotée par air comprimé (EAS pour Electronic Air Suspension) est à la fois le plus grand atout confort du véhicule et sa source d’ennuis la plus célèbre :
- Des boudins en caoutchouc naturel qui craquellent avec l’âge : sous l’action des saletés et du temps, des micro-fuites se forment sur les plis des soufflets, obligeant le compresseur d’air du coffre à tourner sans arrêt pour maintenir la hauteur de caisse.
- Le bloc d’électrovannes et le compresseur qui surchauffent : fatigué par les fuites permanentes, le petit compresseur 12V finit par gripper, déclenchant l’affichage du message d’erreur fatal au tableau de bord : « Défaut EAS ».
- Le passage en mode secours sur butées rigides : dès que le système perd la pression de référence, le véhicule s’affaisse totalement sur ses butées mécaniques en caoutchouc, rendant la conduite tape-cul et dangereuse au-delà de 50 km/h.
Face à ces pannes, deux écoles s’opposent : restaurer le système d’origine avec des boudins neufs Dunlop ou Arnott pour conserver le confort princier, ou installer un kit de conversion sur ressorts hélicoïdaux en acier, plus ferme mais qui écarte définitivement tout risque de panne pneumatique.

Le boîtier électronique central BECM : le cœur névralgique à surveiller
Situé sous le siège passager avant, le boîtier de carrosserie BECM (Body Electronic Control Module) orchestre la quasi-totalité des fonctions électriques de la voiture :
Il fait le lien entre la gestion moteur, le tableau de bord, l’alarme, les vitres électriques et la fermeture centralisée. Ce boîtier souffre d’un talon d’Achille bien connu : les fuites de radiateur de chauffage d’habitacle. Deux petits joints toriques situés sur les tuyaux de chauffage derrière la console centrale ont tendance à suinter avec les années : le liquide de refroidissement chaud coule le long de la moquette et vient s’infiltrer directement dans les circuits imprimés du boîtier BECM. Cela déclenche des pannes fantômes en cascade (essuie-glaces qui s’allument seuls, batterie qui se vide en une nuit, refus de déverrouiller l’antidémarrage). Remplacer ces joints toriques de chauffage en préventif est l’une des premières opérations à effectuer après l’achat d’un exemplaire d’occasion.
Quels points vérifier avant de signer l’achat d’un Range Rover P38 ?
Pour ne pas acheter un gouffre financier sur un coup de cœur esthétique, suivez ces vérifications systématiques lors de la visite :
Démarrez la voiture et testez immédiatement les cinq positions de la suspension pneumatique depuis la commande au tableau de bord : la caisse doit monter et descendre de façon fluide et équilibrée entre l’avant et l’arrière en moins d’une minute, sans bruits de fuite d’air audibles et sans allumage de voyant d’alerte. Moteur tournant, inspectez le vase d’expansion de refroidissement : sur les moteurs V8, la présence de bulles d’air régulières ou de durites dures comme du bois trahit un joint de culasse claqué ou une chemise poreuse. Enfin, vérifiez que le propriétaire possède bien le code de sécurité d’antidémarrage à quatre chiffres (code EKA) fourni à la livraison d’origine : sans ce sésame, un simple débranchement de batterie peut bloquer la voiture sur place et exiger le passage d’une valise de diagnostic spécifique (type Nanocom).
Foire Aux Questions (FAQ)
💰 Combien coûte un Range Rover P38 en bon état aujourd’hui ?
Alors que l’on trouvait des P38 fatigués pour 2 500 € il y a dix ans, la cote commence à remonter doucement. Comptez environ 4 000 € à 6 000 € pour un diesel 2.5 DSE roulant avec des petites finitions à revoir. Pour un beau modèle essence V8 4.0 ou 4.6 HSE soigné, sans rouille, avec un historique limpide et une suspension révisée, les prix oscillent désormais entre 9 000 € et 15 000 € pour les plus beaux exemplaires d’origine.
⛽ Peut-on convertir un Range Rover P38 V8 au bioéthanol E85 ou au GPL ?
Oui, de nombreux propriétaires ont fait poser un kit GPL à l’époque pour contourner la gourmandise du V8 Rover à injection Lucas ou Bosch Thor. Pour le bioéthanol E85, une reprogrammation sur mesure ou la pose de gros injecteurs est possible sur le bloc V8, mais cela réclame un système d’allumage neuf et une surveillance rigoureuse de la température moteur, l’E85 ayant tendance à appauvrir le mélange si les sondes lambda sont fatiguées.
🦀 Le châssis du Range Rover P38 rouille-t-il facilement ?
Le P38 résiste bien mieux à la corrosion que son ancêtre le Classic. La carrosserie utilise largement l’aluminium pour les ailes avant, le capot et les panneaux de portières. Les points de corrosion à surveiller se situent principalement sur le volet inférieur de coffre en acier, les bas de caisse dissimulés sous les habillages en plastique noir et le berceau arrière du châssis au niveau des fixations de suspension.







