Lorsqu’on doit passer une visite médicale pour récupérer son permis de conduire suite à une infraction liée à l’alcool, la Commission Médicale de la Préfecture exige une prise de sang spécifique. Parmi les lignes barbares (VGM, Gamma GT), une valeur terrorise les conducteurs : les CDT (Carbohydrate Deficient Transferrin). C’est le marqueur le plus fiable de la consommation chronique d’alcool. Sur les forums, on voit circuler des « taux record CDT » effrayants, mais qu’est-ce qu’un taux normal, et à partir de quand est-on considéré comme inapte à la conduite ? Décryptage de cette molécule qui ne ment jamais.
Les infos à retenir
- 🧪 La norme : Pour être déclaré apte, votre taux de CDT doit généralement être inférieur à 1,7 % (ou 1,3 % selon les nouvelles méthodes d’analyse type électrophorèse).
- 📈 C’est quoi un « taux record » ? Un buveur social est sous les 1,7 %. Un buveur chronique excessif monte à 3, 4, voire 5 %. Des taux « records » de 15 % ou 20 % existent chez des patients alcoolo-dépendants sévères, mais c’est médicalement gravissime.
- ⏳ La mémoire du corps : Les CDT ne baissent pas en buvant de l’eau ou du lait. Il faut une abstinence totale d’au moins 2 à 4 semaines pour voir le taux redescendre sous la barre fatidique.
- 🚫 La spécificité : Contrairement aux Gamma GT qui montent avec des médicaments ou le foie gras, les CDT sont très spécifiques à l’alcool. Les « faux positifs » sont rarissimes.
Pourquoi les CDT sont-elles si redoutées ?
La Transferrine est une protéine qui transporte le fer dans le sang. Quand on consomme de l’alcool régulièrement (plus de 50 à 80g par jour, soit 3 à 5 verres) pendant plusieurs jours, la structure de cette protéine change : elle perd des sucres (d’où le nom « Déficiente en Carbohydrates »). C’est cette anomalie que le laboratoire dose. La force des CDT, c’est leur inertie, ce qui peut compliquer le processus pour récupérer un permis.
- Si vous faites une grosse fête samedi soir mais ne buvez pas la semaine, vos CDT resteront normales.
- Si vous buvez « un peu trop » tous les jours depuis un mois, vos CDT explosent.
C’est donc le détecteur d’alcoolisme chronique par excellence, impossible à tromper par une « pause » de 48h avant la prise de sang.
Interpréter ses résultats
Sur votre feuille d’analyse, regardez la méthode utilisée (souvent Néphelométrie ou HPLC).
- Taux < 1,3 % (ou 1,7%) : Négatif. Vous n’avez pas de consommation excessive récente. La Commission Médicale validera probablement votre aptitude (si les Gamma GT et le VGM sont aussi corrects).
- Taux entre 1,7 % et 2,5 % : Zone grise (« Consommation à risque »). Les médecins seront méfiants. Ils peuvent vous donner un permis temporaire (6 mois) et exiger de nouvelles analyses, ou demander un avis addictologique.
- Taux > 3 % : Positif franc. C’est la preuve biologique d’une imprégnation alcoolique massive et régulière. L’inaptitude sera prononcée. Vous ne récupérez pas votre permis.

Peut-on faire baisser les CDT rapidement ?
Non. Il n’existe aucune potion magique, aucun médicament, ni aucun régime (citron, thé vert…) pour fausser ce résultat.
La demi-vie des CDT est d’environ 14 à 17 jours. Cela signifie qu’il faut deux semaines d’abstinence totale pour diviser votre taux par deux.
Exemple : Si vous êtes à 4 % (un taux très élevé), il faudra :
- 2 semaines à 0 verre pour tomber à 2 %.
- 2 semaines de plus pour tomber à 1 % (le taux normal).
Comptez donc 4 semaines d’abstinence stricte avant la prise de sang pour effacer les traces d’une consommation lourde.
Les « Faux Positifs » existent-ils ?
C’est l’argument de défense de beaucoup de conducteurs (« Je ne bois pas, c’est mon traitement ! »).
C’est extrêmement rare avec les CDT, contrairement aux Gamma GT.
Seules quelques pathologies très spécifiques peuvent augmenter les CDT sans alcool :
- Des maladies hépatiques sévères (Cirrhose biliaire primitive, Hépatite C active).
- Certaines variantes génétiques rares de la transferrine (le syndrome CDG).
- La grossesse (parfois).
La prise de médicaments classiques (antibiotiques, antidépresseurs) n’influence PAS les CDT. Si le taux est haut, c’est qu’il y a alcool.
L’avis du médecin agréé (Commission primaire)
« Quand je vois un taux de CDT à 0,5 %, je sais que la personne est sobre. Quand je vois 2,1 %, je sais qu’elle boit tous les jours, même si elle me jure le contraire. Les chiffres ne mentent pas. Si vous avez un taux record, ne cherchez pas d’excuse médicale, cela va agacer la commission. Dites la vérité : ‘J’ai eu une période difficile, j’ai arrêté il y a 10 jours’. On préfère l’honnêteté et on vous demandera de revenir dans un mois avec un taux normalisé. »
Conclusion : La biologie comme juge de paix
Le taux de CDT est le sésame pour récupérer son permis. Un taux record n’est pas une fatalité, mais c’est un signal d’alarme sur votre santé. La seule façon de le battre est l’abstinence sur la durée.
Foire Aux Questions (FAQ)
🍷 Un verre de vin la veille fausse-t-il le test ?
Non. Une consommation ponctuelle (même une ivresse d’un soir) ne fait pas monter les CDT significativement. Les CDT marquent la *répétition* de la consommation.
💸 Le test est-il remboursé ?
Non. Les analyses demandées par la Commission Médicale pour récupérer un permis suite à une infraction ne sont pas remboursées par la Sécurité Sociale. Le coût (environ 40-50 € pour le bilan complet) est à votre charge.
💇 Le test capillaire est-il plus fiable ?
Oui, l’analyse des cheveux (Ethylglucuronide – EtG) permet de retracer la consommation sur plusieurs mois (1 cm de cheveu = 1 mois). Elle est parfois demandée en appel ou pour des cas complexes, mais le sang reste la norme pour le premier contrôle.







