Dans le monde motard, c’est souvent le premier détail que l’on regarde sur la machine du copain à l’arrêt : l’état du pneu arrière. Si les bords du pneu sont immaculés, brillants et neufs, le verdict tombe, souvent moqueur : « Ah, tu as de belles bandes de peur ! ». Cette zone de gomme non utilisée sur les flancs témoigne de l’angle maximal pris par le pilote. Si la « chicken strip » (langue de poulet, en anglais) est source de railleries de comptoir, elle est aussi un sujet sérieux de technique de pilotage. Faut-il chercher à l’éliminer à tout prix ? Est-ce dangereux ? Comment progresser sans finir dans le décor ?
Les infos à retenir
- 📏 Définition : La bande de peur est la partie latérale de la bande de roulement qui n’a jamais touché le bitume. Plus elle est large, moins le pilote penche en virage.
- 🛡️ La sécurité d’abord : Sur route ouverte, garder une petite bande de peur (5 mm) est une marge de sécurité intelligente. Cela signifie que vous avez encore de la réserve d’adhérence en cas d’imprévu (virage qui se referme).
- 🧠 Le blocage psychologique : La présence de ces bandes vient souvent d’une méconnaissance du contre-braquage ou d’une peur de la chute, pas forcément d’un manque de talent.
- 🚫 L’erreur à ne pas faire : Poncer ses pneus au papier de verre pour faire croire qu’on est un pilote. C’est ridicule et ça se voit (les bouloches de gomme ne mentent pas).
Pourquoi a-t-on des bandes de peur ?
Avoir des bandes de peur signifie simplement que vous n’utilisez pas toute la surface disponible du pneu. Les raisons sont multiples :
- Usage urbain / Autoroutier : Si vous ne faites que du périphérique ou de la ligne droite, votre pneu sera carré, avec d’énormes bandes de peur. C’est normal.
- Pneus inadaptés : Certains pneus sportifs ont un profil très « pointu » (en V) pour offrir une grande surface au sol sur l’angle maxi. Aller au bout d’un pneu hypersport sur route demande des prises d’angle dignes du MotoGP, ce qui est dangereux sur route ouverte.
- Technique de pilotage : Si vous « déhanchez » beaucoup (sortir les fesses à l’intérieur du virage), vous redressez la moto. À vitesse égale, un pilote qui déhanche aura plus de bande de peur qu’un pilote qui reste droit comme un piquet (qui devra pencher plus la moto). Avoir de la bande de peur peut donc aussi signifier que vous pilotez bien !
Comment les réduire (si vous y tenez vraiment) ?
L’objectif ne doit pas être d’effacer la bande, mais de gagner en aisance. Si vous gagnez en aisance, la bande disparaîtra naturellement en apprenant à inscrire la moto en virage.
1. Maîtriser le contre-braquage
C’est la base. Pour pencher à gauche, on pousse le guidon gauche. Plus vous poussez franchement, plus la moto s’incline vite. Travaillez cette technique pour inscrire la moto en virage avec décision plutôt que de « subir » la courbe.
2. Le regard
La moto va là où vous regardez. Si vous regardez la roue avant ou le bas-côté, vous ne pencherez jamais. Forcez-vous à tourner la tête pour regarder la sortie du virage le plus loin possible. Votre corps suivra, la moto s’inclinera.
3. La progressivité
N’essayez pas de tout effacer en un rond-point. C’est le meilleur moyen de perdre l’avant (Low-side). Allez-y millimètre par millimètre, sur un bitume chaud et propre que vous connaissez.
Attention aux pressions : Un pneu mal gonflé chauffe mal ou se déforme, rendant la prise d’angle floue et dangereuse. Vérifiez vos pressions à froid.

Pourquoi garder une « marge de peur » est intelligent
Sur circuit, l’objectif est d’utiliser 100% du pneu pour aller vite.
Sur route, l’objectif est de rentrer vivant.
Si vous êtes déjà sur l’angle maxi (plus de bande de peur, repose-pied qui frotte) et que le virage se referme soudainement, ou qu’une voiture arrive un peu large en face… vous n’avez plus aucune solution. Vous ne pouvez plus pencher davantage.
Garder 5 à 10 mm de bande de peur sur route, c’est garder une réserve de survie. C’est la possibilité de remettre un coup de guidon pour resserrer la trajectoire en cas d’urgence.
Le conseil du moniteur moto
« Ne vous laissez pas intimider par les copains. J’ai vu des motards se mettre au tas en essayant d’effacer leur bande de peur sur un rond-point gras. La seule façon légitime et sécurisée d’aller chercher le bord du pneu, c’est de s’inscrire à une journée piste ou un stage de perfectionnement. Là, vous apprendrez les limites de vos pneus dans un environnement sécurisé. »
Conclusion : L’ego vs La raison
La bande de peur est avant tout une blessure d’ego. Techniquement, elle prouve que vous n’êtes pas allé à la limite physique de la machine. Sur route ouverte, ne pas aller à la limite est une preuve de sagesse, pas de faiblesse.
Foire Aux Questions (FAQ)
🏍️ Pourquoi j’ai plus de bande de peur à l’avant ?
C’est normal ! Le pneu avant a un profil différent du pneu arrière. Pour aller au bout du pneu avant, il faut des prises d’angle extrêmes. Souvent, on efface l’arrière (« Bibendum ») alors qu’il reste encore 1 cm à l’avant. Ne cherchez pas à effacer l’avant sur route, c’est la chute quasi assurée.
🧼 Faut-il nettoyer un pneu neuf ?
Oui. Les pneus neufs sont recouverts de paraffine (agent de démoulage) qui est très glissante. Les 50 à 100 premiers kilomètres, roulez prudemment et prenez de l’angle très progressivement pour « roder » la surface du pneu.
🔄 La taille du pneu joue-t-elle ?
Oui. Monter un pneu plus large que l’origine (ex: 190 au lieu de 180) sur la même jante va « pincer » le pneu et le bomber davantage. Il sera alors beaucoup plus difficile d’aller chercher le bord.







